Leucodystrophies : le dépistage néonatal est un droit fondamental pour les enfants
Dans une tribune parue dans Le Monde le 14 janvier, Guy Alba rappelle qu’une prise en charge précoce peut empêcher l’évolution de deux maladies.
Chaque semaine dans les pays de l’Union européenne (UE), une dizaine d’enfants naissent atteints d’une leucodystrophie. Ces maladies génétiques qui entraînent des handicaps neurologiques lourds conduisent trop souvent à la mort. Plusieurs de ces patients sont atteints d’adrénoleucodystrophie (ALD), d’autres d’une leucodystrophie métachromatique (MLD). Pourtant, dans la grande majorité des pays de l’UE, ces deux pathologies ne sont pas dépistées à la naissance. Le diagnostic arrive alors trop tard pour espérer empêcher l’évolution de la maladie, alors qu’il pourrait être posé dès la naissance. Un retard européen préoccupant, alors que les États-Unis ont ajouté en février 2016 l’ALD et en décembre 2025 la MLD à la liste fédérale de dépistage néonatal.Aujourd’hui encore, c’est « la politique du premier enfant qui sauve le deuxième ». Pour la MLD, Alice [l’anonymat des familles des enfants est volontairement préservé] a été diagnostiquée trop tard et est décédée, tandis que sa petite sœur, Coline, dépistée précocement, a pu recevoir en 2020 un traitement de thérapie génique et se porte bien. Pour l’ALD, Malone a été diagnostiqué trop tard pour envisager une greffe. Son petit frère, Maxence, dépisté à temps, peut encore être sauvé et doit recevoir une greffe de mœlle osseuse très prochainement. Le dépistage permet d’agir avant l’apparition des symptômes, ce qui change tout. Le temps nécessaire pour poser un diagnostic après les premiers signes est d’environ un an : trop tard pour être traité. Des enfants comme Coline, Augustin ou Eléonore ont été sauvés parce qu’ils ont été diagnostiqués avant les premiers symptômes, alors que leurs frères et sœurs, Nathanaël, Matthieu, Malone ou Alice, n’ont pas eu cette chance.
Mettre fin à l’errance
Pour l’ALD, près de 80 % des garçons développeront une insuffisance surrénalienne au cours de leur vie. Non traitée, elle peut entraîner des complications, dont une déshydratation aiguë potentiellement mortelle. Dépister cette pathologie à la naissance permet de mettre en place un traitement substitutif simple et d’assurer un suivi rapproché. En cas d’évolution de la maladie sous sa forme cérébrale, il sera alors possible d’intervenir par une greffe de moelle osseuse.
Et pour les autres leucodystrophies ? Lorsque aucun traitement n’est accessible, le dépistage reste néanmoins primordial. Il met fin à l’errance diagnostique, facilite l’accès aux essais thérapeutiques, permet de mettre en place rapidement des soins comme la kinésithérapie, ouvre la voie au dépistage familial et nourrit la recherche médicale. C’est un droit fondamental pour les enfants et leurs familles. Or, en Europe, très peu de pays dépistent aujourd’hui l’adrénoleucodystrophie et la leucodystrophie métachromatique. Pour la MLD, un seul pays européen, la Norvège, a mis en place un dépistage effectif, tandis que des études pilotes sont menées en Allemagne, en Autriche, au Royaume-Uni, en Italie, en Arabie saoudite et en France. De même, pour l’ALD, alors que la quasi-totalité des États-Unis (46 États sur 50) dépistent déjà la maladie, seuls les Pays-Bas, l’Espagne et la région d’Emilie-Romagne en Italie ont intégré le dépistage dans leurs programmes. Des études pilotes sont lancées en Europe et en Asie. En France, l’ALD ne fait pas l’objet d’une étude, mais les conditions sont réunies pour mettre en œuvre son dépistage. L’Association européenne contre les leucodystrophies a déposé un dossier de saisine accepté par la Haute Autorité de santé, début juillet 2024, pour l’ALD et la MLD. Les résultats de l’évaluation sont attendus en fin d’année. La France pourrait devenir le premier pays en Europe à dépister ces deux maladies.
Économies substantielles
La science est prête, la politique doit suivre. Le dépistage néonatal de l’ALD est possible grâce au dosage du C26 : 0-LysoPC, un biomarqueur élevé dès la naissance, avec un test à 1 euro. Celui de la MLD repose sur le dosage de sulfatides et l’activité du gène ARSA, dont la mutation est responsable de la maladie, avec très peu de faux négatifs. Ces deux leucodystrophies graves disposent désormais de traitements efficaces lorsqu’ils sont administrés très tôt, avant même l’apparition des premiers symptômes : greffes de cellules souches ou thérapies géniques.
Les analyses économiques démontrent par ailleurs que le dépistage permet des économies substantielles par rapport au coût très élevé des prises en charge tardives. Pour l’ALD, une étude menée en 2018 au Royaume-Uni estimait que la mise en place du dépistage engendrerait un surcoût de 402 000 livres sterling (environ 464 000 euros), mais que les économies réalisées sur les dépenses de santé, d’aide sociale et d’éducation tout au long de la vie permettraient au contraire d’économiser 3,04 millions de livres par an.
Nous appelons les pouvoirs publics des différents pays européens à prendre une décision rapide et courageuse. Il est désormais indispensable d’intégrer l’ALD et la MLD dans le dépistage néonatal et de renforcer les moyens des centres chargés de le mettre en œuvre. Chaque mois de retard expose des enfants à un diagnostic trop tardif et à des conséquences irréversibles. Construire un dépistage néonatal plus ambitieux, c’est reconnaître le droit de chaque enfant à être protégé dès sa naissance. C’est affirmer que la connaissance médicale doit être mise au service de la vie. Et c’est choisir, collectivement, de ne plus laisser un seul enfant sans la chance à laquelle il a droit.